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11 août 2026·International

Le système scolaire coréen : discipline et réussite au prix lourd

Par Carla Andrieux · Actualité éducative

La Corée du Sud maintient ses élèves parmi les meilleurs du classement PISA depuis plus de vingt ans. Derrière ces performances, un système éducatif fondé sur la répétition intensive, l'implication totale des familles et un respect strict de l'autorité. Mais cette excellence a un coût : pression extrême, surcharge de travail et détresse des jeunes.

Un apprentissage intensif dès la maternelle

En Corée du Sud, la préparation à la réussite scolaire débute très tôt. Dès la maternelle, les enfants entrent dans un rythme d'apprentissage soutenu qui se poursuit et s'intensifie tout au long de leur scolarité.

Mélusine, Française installée dans le pays depuis treize ans, a scolarisé ses deux enfants dans une école coréenne. Elle observe une méthode radicalement différente du modèle français : la répétition systématique jusqu'à la maîtrise complète.

« Ici, tout est multiplié : on répète, on travaille jusqu'à connaître le manuel par cœur », explique-t-elle. Les élèves consacrent davantage d'heures à chaque matière et approfondissent les notions sur des durées plus longues qu'en Europe.

Les hagwons, pilier du système éducatif

Après l'école publique, près de 80% des élèves fréquentent les hagwons, des académies privées qui prolongent la journée d'apprentissage. Ces cours supplémentaires portent principalement sur les mathématiques et l'anglais.

Les familles s'y inscrivent pour deux raisons : combler des lacunes ou prendre de l'avance sur le programme. « C'est la norme, les parents s'endettent pour ces cours et, plus on commence tôt, mieux c'est », constate Mélusine.

Certains élèves terminent leurs cours à 22 heures avant de poursuivre leur travail personnel à la maison. Au lycée, la préparation du Suneung, l'examen d'entrée à l'université, réduit le sommeil à quelques heures par nuit.

Des enseignants qui connaissent leurs élèves

La baisse de la natalité coréenne a réduit les effectifs dans les classes. Dans l'établissement du fils de Mélusine, ils ne sont que dix élèves par classe, permettant un encadrement renforcé.

Les cours se terminent vers 16 heures, ce qui laisse aux enseignants le temps de préparer leurs leçons et d'organiser des rencontres personnalisées avec les familles. « Il y a une vraie relation de confiance, les professeurs sont autant investis que les parents », souligne la mère de famille.

Le respect de l'autorité professoral

Ida Daussy, professeure à l'université de Yonsei depuis 35 ans, rappelle un proverbe coréen : « On ne piétine pas l'ombre de son professeur. » Cette formule résume le respect quasi sacralisé accordé aux enseignants.

« Les élèves respectent leurs professeurs, il y a un cadre, de la discipline, de l'ordre et des règles », explique l'enseignante. Être un bon élève constitue une qualité socialement valorisée, encouragée par l'ensemble de la société.

La valorisation sociale de l'excellence

Le modèle coréen vise l'excellence dans toutes les matières. « En Corée, on emmène les élèves vers le haut, on vise l'excellence et on les pousse à être bons partout », affirme Ida Daussy.

Cette culture de la performance se traduit par des résultats : la Corée du Sud figure régulièrement parmi les pays les plus performants des enquêtes PISA, notamment lors de l'édition 2022.

Quand l'excellence devient une obsession

Ida Daussy, qui a choisi le système français pour ses deux fils, identifie la limite du modèle : « Le problème, ce n'est pas de vouloir être excellent. Le problème, c'est lorsque l'excellence devient la seule chose qui compte. »

Elle a préféré que ses enfants développent leur créativité, leur capacité à argumenter et qu'ils aient une vie en dehors des cours, avec du sport et de la musique pour le plaisir plutôt que pour enrichir un dossier scolaire.

Un système qui ne sait pas poser de limite

Selon l'enseignante, le système coréen « ne sait pas poser de limite ». Les élèves entendent qu'ils doivent tenir bon, travailler dur pour intégrer une université prestigieuse, puis obtenir un bon emploi et réussir leur vie.

Cette pression permanente produit des résultats académiques, mais génère aussi de lourdes conséquences sur la santé mentale des jeunes. Certains réussissent, d'autres « finissent juste broyés par le système ».

Le prix humain de la performance

Chaque année, près de 10 adolescents sur 100 000 se suicident en Corée du Sud, soit deux fois plus qu'en France. Le suicide demeure la première cause de mortalité chez les jeunes Coréens.

Ces chiffres révèlent les limites d'un modèle éducatif qui fait de la réussite scolaire une priorité absolue, au détriment du bien-être des élèves. Manque de sommeil, compétition permanente et harcèlement scolaire accompagnent cette quête de performance.

Le système coréen illustre une tension mondiale : comment concilier exigence académique et préservation de l'équilibre des jeunes ? Une question qui se pose aussi en France, où les attentes scolaires augmentent régulièrement.

Source : Le Figaro Étudiant

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