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11 août 2026·International

Azrou : le collège berbère, instrument d'une politique coloniale

Par Carla Andrieux · Actualité éducative

En 1927, sous le Protectorat français au Maroc, un collège ouvre ses portes à Azrou, près de Fès. Sa mission : former une élite berbère francophone et loyale à la France. Mais l'histoire de cet établissement prendra un tout autre cours. Retour sur une institution qui devint, malgré ses concepteurs, un lieu de mobilité sociale et de formation de futurs acteurs de l'indépendance marocaine.

Un collège au service d'une stratégie politique

Le collège berbère d'Azrou ouvre en octobre 1927, dans la région de Fès-Meknès. L'établissement ne doit rien au hasard. La France achève sa guerre de pacification au Maroc, qui durera de 1912 à 1934.

La localisation à Azrou répond à une logique précise : éloigner les élèves des foyers nationalistes de Fès et Rabat. Le Protectorat français veut construire une élite amazighe séparée des influences arabes et urbaines.

L'objectif affiché est clair : former des cadres et des auxiliaires acquis à la France, destinés à servir l'administration coloniale et l'armée. Ce projet s'inscrit dans ce que les autorités nomment alors la "politique berbère".

Une institution qui échappe à son dessein initial

Contrairement aux intentions de ses créateurs, le collège d'Azrou devient un vecteur de mobilité sociale. Les élèves formés dans cet établissement ne suivent pas le parcours prévu.

Parmi les anciens du collège figurent des militants de l'indépendance marocaine, des ministres, des gouverneurs et des magistrats. L'établissement forme également treize généraux qui serviront sous Mohammed V puis Hassan II.

Certains de ces officiers seront impliqués dans les putschs de 1971 et 1972. L'institution pensée pour produire des serviteurs dociles fabrique des acteurs de l'histoire nationale marocaine.

Le collège aujourd'hui : du symbole colonial au lycée

L'établissement existe toujours sous le nom de lycée Tarik Ibn Ziad. Le bâtiment qui abritait le collège berbère continue d'accueillir des élèves à Azrou.

Cette transformation d'un outil de la politique coloniale en institution nationale illustre les détournements dont peut faire l'objet un système éducatif. Les élèves ont utilisé leur formation pour écrire leur propre histoire.

L'essai de Mohamed Benhlal, "Le collège d'Azrou : une élite berbère civile et militaire au Maroc, 1927-1959" (Éditions Karthala), retrace cette histoire à partir de témoignages d'anciens élèves.

Un cas d'école pour comprendre l'éducation en contexte colonial

L'histoire du collège d'Azrou montre comment une institution peut échapper au contrôle de ceux qui l'ont créée. Le savoir transmis devient un outil d'émancipation plutôt que de soumission.

Ce phénomène rappelle que l'école, même conçue dans un but précis, produit des effets imprévisibles. Les élèves s'approprient leur formation selon leurs propres objectifs et non selon ceux de l'institution.

Pour les collégiens et lycéens d'aujourd'hui, cette histoire illustre le pouvoir de l'éducation comme levier de transformation sociale, y compris contre les intentions de départ. L'établissement devait servir la France : il a finalement servi l'indépendance du Maroc.

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