René Clair au programme du bac cinéma-audiovisuel 2026
Deux films de René Clair, Entr'acte (1924) et Paris qui dort (1925), figurent au programme de la spécialité cinéma-audiovisuel du baccalauréat selon le Bulletin officiel du 22 janvier 2026. Ces œuvres permettent aux lycéens d'étudier les débuts du cinéma français et l'expérimentation formelle des années 1920.
Deux films de jeunesse au programme du bac
Le Bulletin officiel du 22 janvier 2026 inscrit deux films de René Clair au programme de la spécialité cinéma-audiovisuel du baccalauréat. Paris qui dort (1925) et Entr'acte (1924) constituent le corpus d'étude pour les élèves de première et terminale.
Paris qui dort met en scène un savant fou paralysant la capitale, à l'exception d'un groupe de rescapés réfugiés sur la tour Eiffel. Ce premier film de René Clair mêle science-fiction et fantaisie visuelle.
Entr'acte, court métrage commandé par le peintre Francis Picabia et mis en musique par Erik Satie, associe plusieurs figures du mouvement dada, dont Marcel Duchamp et Man Ray. L'œuvre était projetée lors des représentations du ballet Relâche.
Un terrain d'étude pour quatre axes du programme
Ces deux films répondent aux axes d'étude de la spécialité : émotions, motifs et représentations, écritures du cinéma, histoire et techniques. Les lycéens peuvent analyser les liens entre avant-garde dadaïste et construction d'un langage cinématographique autonome.
Le procédé de surimpression, les trucages hérités de Georges Méliès et l'onirisme caractérisent cette période. René Clair revendique dès 1928, dans la revue Pour vous, le statut d'auteur de films plutôt que de simple metteur en scène.
Un cinéaste inventif dès le muet
René Clair, né René Chomette en 1898 dans le quartier des Halles à Paris, débute comme journaliste à l'Intransigeant sous le nom de René Desprès. Il glisse vers la mise en scène en secondant Jacques de Baroncelli, sur les conseils de son frère Henri Chomette.
De 1923 à 1966, il signe une trentaine de films qui accompagnent les ruptures techniques du cinéma : muet, parlant, couleur. Sa manière associe inventivité visuelle, tempo burlesque et attachement aux figures modestes.
L'art du récit visuel avant le parlant
Après Paris qui dort et Entr'acte, René Clair réalise le Fantôme du Moulin-Rouge (1925), le Voyage imaginaire (1926), la Proie du vent (1926) et la Tour (1928). Ces films exploitent la surimpression et la fantaisie.
Un chapeau de paille d'Italie (1927), adaptation de la comédie de Labiche, et les Deux Timides (1929) déploient un art du récit burlesque au rythme enlevé. La course-poursuite et l'emballement mécanique structurent ces œuvres.
René Clair cherche à ramener le cinéma à ses origines plutôt qu'à l'enfermer dans des conventions théâtrales. Il revendique une filiation avec Charlie Chaplin et Buster Keaton.
Le parlant : une réticence transformée en atout
L'arrivée du cinéma parlant, officialisée par la sortie du Chanteur de jazz d'Alan Crosland en 1929, inquiète René Clair. Il craint que le cinéma ne se dissolve dans une simple transposition du théâtre ou du roman.
Cette réserve façonne Sous les toits de Paris (1930), son premier film sonore. Certaines séquences sont filmées derrière une vitre, avec le son coupé. D'autres se déroulent dans l'obscurité pour que l'oreille supplée l'image.
Quatre films fondateurs entre 1930 et 1933
Entre 1930 et 1933, René Clair réalise quatre films avec la même équipe technique : le décorateur Lazare Meerson, l'opérateur Georges Périnal, les compositeurs Maurice Jaubert et Georges Van Parys. Il est à la fois scénariste, dialoguiste, parolier et monteur.
Le Million (1931), course autour d'un billet de loterie gagnant, mêle vaudeville et opérette. Le film figurera parmi les dix films les plus estimés au monde lors du premier classement établi par la revue Sight and Sound en 1952.
À nous la liberté ! (1931), fable satirique sur la déshumanisation par la mécanisation industrielle, influence les Temps modernes (1936) de Chaplin. La société productrice Tobis engage un procès pour plagiat, auquel Clair refuse de s'associer.
Quatorze Juillet (1933) rend hommage au Paris populaire de l'enfance du réalisateur. L'échec du Dernier Milliardaire (1934), satire des dictatures montantes en Europe, précipite son départ vers Londres puis Hollywood.
L'exil et le retour en France
Entre 1935 et 1945, René Clair réalise trois films en Angleterre, puis sept aux États-Unis. Fantôme à vendre (1935), tourné en Écosse, obtient un succès qui aiguise l'intérêt d'Hollywood.
Ma femme est une sorcière (1942) inspirera la série télévisée Ma sorcière bien-aimée des années 1960. C'est arrivé demain (1944) imagine un journaliste recevant chaque matin l'édition du lendemain.
Un parcours français après-guerre
De retour à Paris en 1946, René Clair signe le Silence est d'or (1947), film qui met en abyme les débuts du cinéma muet en milieu forain. Les Grandes Manœuvres (1955), son premier film en couleurs, obtient le prix Louis-Delluc.
Porte des Lilas (1957), d'après un roman de René Fallet, offre à Georges Brassens son unique rôle à l'écran. Les Fêtes galantes (1966) est son dernier long métrage.
René Clair devient en 1960 le premier réalisateur élu à l'Académie française, consécration institutionnelle qui scelle la reconnaissance tardive du septième art.
Une modernité formelle toujours vivante
En 1951, la chaîne nationale diffuse une série de 12 entretiens radiophoniques dans lesquels René Clair détaille sa méthode de travail et sa conception de la mise en scène. Il y expose sa vision d'un cinéma d'auteur complet.
Henri Langlois, directeur de la Cinémathèque française, affirmait qu'un seul homme avait longtemps personnifié le cinéma français aux yeux du public international. Cette reconnaissance s'appuie sur une expérimentation formelle constante mise au service d'un cinéma accessible.
L'inscription d'Entr'acte et Paris qui dort au programme du baccalauréat offre aux lycéens un terrain d'étude pour comprendre l'émergence du langage cinématographique et l'audace des avant-gardes des années 1920.