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10 septembre 2026·Actualité éducative

Évaluations nationales : quand l'entraînement remplace l'apprentissage

Par Carla Andrieux · Actualité éducative

Alors que les évaluations nationales repères ont débuté en ce mois de septembre 2026, une tribune de Sarah Leleu, professeure des écoles et membre de la revue MathemaTICE, interroge le sens de ces tests. Son constat : les hausses de résultats annoncées par le ministère masqueraient un apprentissage mécanique, loin de la compréhension profonde attendue chez les élèves.

Des résultats nationaux qui contredisent les bilans internationaux

Le ministère de l'Éducation nationale célèbre régulièrement des hausses de résultats lors de la restitution des évaluations nationales. Pourtant, les bilans internationaux comme PISA ou TIMSS documentent un effondrement continu des compétences.

Cette contradiction interroge. Comment expliquer que les indicateurs nationaux s'améliorent tandis que les comparaisons internationales montrent une dégringolade ?

Sarah Leleu avance une hypothèse : les méthodes de travail adoptées pour préparer ces tests privilégieraient la reproduction de procédures au détriment de la compréhension.

L'entraînement spécifique : un mirage de réussite

L'analyse publiée dans la revue MathémaTICE dénonce ce qu'elle appelle le "facteur de confusion de l'entraînement spécifique". Sous pression des résultats attendus, les équipes pédagogiques feraient répéter aux élèves les formats exacts des items échoués l'année précédente.

Cette pratique produit des réussites apparentes. Quand un élève réussit un exercice par reproduction d'un automatisme de présentation, on ne mesure pas sa compréhension du concept.

On évalue simplement sa capacité à mémoriser une procédure immédiate. Dès que les tests internationaux soumettent les enfants à des tâches de raisonnement complexes ou inédites, l'édifice s'effondre.

Ce que révèlent les données de long terme

Les données de la DEPP documentent une dégradation marquée dans la durée. En orthographe, le pourcentage d'élèves réussissant la dictée de référence s'est effondré de 60 % en 1987 à 22 % aujourd'hui.

Les évaluations TIMSS confirment ce retrait. Elles placent les élèves français de CM1 nettement sous la moyenne européenne en mathématiques.

Le Haut-Commissariat à la Stratégie et au Plan met en évidence un fait remarquable : ce déclin ne se limite pas aux publics défavorisés. Il touche l'ensemble des milieux sociaux, y compris les catégories historiquement très performants.

Effort cognitif contre consommation de contenu

Le rapport PISA 2025 de l'OCDE formule un principe qui dépasse la seule question du numérique. L'apprentissage ne se produit pas par la consommation de contenu, mais comme un effort cognitif productif de l'esprit avec de nouvelles notions.

Sarah Leleu applique ce principe aux évaluations nationales. Lorsque les tests ou les fiches d'exercices stéréotypées formatent à l'excès l'apprentissage, ils entravent cet effort cognitif.

L'élève reproduit sans créer d'étapes intermédiaires, sans raisonner véritablement. Il perd ainsi la capacité de transfert, cette aptitude à mobiliser une compétence dans un contexte nouveau.

Dressage ou apprentissage véritable

La tribune oppose deux logiques. D'un côté, le dressage : faire répéter des formats d'exercices jusqu'à obtenir la bonne réponse dans le bon cadre.

De l'autre, l'apprentissage véritable : amener l'élève à comprendre les concepts pour les mobiliser dans des situations variées. Mesurer le niveau réel suppose qu'on cesse de confondre les deux.

Redonner du sens à l'évaluation

Pour Sarah Leleu, la crise actuelle est moins celle d'une baisse de niveau abstraite que celle du sens donné à l'apprentissage. Le système scolaire ne donne plus suffisamment de place à la compréhension profonde.

À chaque publication d'enquête internationale, le débat s'enferme dans la même réaction. On déplore le déclin, on surenchérit sur les mesures à prendre, on cherche des remèdes miracles.

Pourtant, le diagnostic est posé depuis vingt ans. Plutôt que de multiplier les évaluations standardisées, il s'agirait de permettre aux élèves de développer un effort cognitif productif.

Cela suppose de repenser la place des tests, de former autrement les enseignants, et de cesser de privilégier les chiffres sur la qualité des apprentissages.

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