Brevet et bac 2027 : nouvelles règles sur l'orthographe
Le ministre de l'Éducation nationale Edouard Geffray a annoncé fin août 2026 de nouvelles règles pour les examens du brevet et du baccalauréat. Dès la session 2027, l'orthographe, la syntaxe et la grammaire pèseront davantage dans la notation de toutes les épreuves. Ces changements interviennent après une réforme déjà appliquée au brevet 2026, qui a vu son taux de réussite baisser à 81,6%.
Une pénalisation renforcée des fautes d'orthographe au bac 2027
Edouard Geffray l'a annoncé sur le média en ligne Brut : dès le baccalauréat 2027, « on pourra perdre des points sur l'orthographe qu'on ne perdait pas avant ». Le ministre insiste sur la maîtrise de la langue dans toutes les disciplines.
Des barèmes spécifiques seront publiés début septembre pour préciser combien coûtera, en termes de points, un mauvais niveau d'expression. Cette démarche vise à donner de la transparence aux élèves et aux enseignants pour qu'ils puissent se préparer toute l'année.
Cette annonce fait suite à une déclaration controversée du ministre en mai 2026. Il avait alors indiqué que « toute copie qui n'a pas un niveau suffisant en termes d'orthographe, de syntaxe et de grammaire ne peut pas avoir la moyenne au baccalauréat ».
Des équipes éducatives prises de court
Les propos du ministre ont déstabilisé les enseignants. Vincent, professeur de mathématiques au collège, critique le fait de « changer les règles du jeu en plein milieu de la partie ».
Sophie Vénétitay, secrétaire générale du Snes-FSU et enseignante de SES, rappelle qu'aucune circulaire n'a été publiée et que de nombreux inspecteurs généraux ont affirmé qu'il n'y avait pas de changements pour 2026.
Le brevet 2026 déjà réformé en profondeur
Les nouvelles modalités d'évaluation du brevet, actées par Gabriel Attal en 2023, sont entrées en vigueur pour la session 2026. Les épreuves terminales comptent désormais pour 60% de la note, contre 40% pour le contrôle continu.
Jusqu'en 2025, l'équilibre était de 50-50 entre épreuves terminales et contrôle continu. La notation par compétences a également été abandonnée.
Un calcul du contrôle continu modifié
Depuis 2017, les points du contrôle continu étaient attribués par le conseil de classe, qui évaluait le socle de connaissances et de compétences sur une fourchette de 0 à 400 points.
« Désormais, ce sont les moyennes obtenues durant l'année qui déterminent la note du contrôle continu », précise Vincent. Cette modification a produit un effet net : le taux de réussite s'établit à 81,6%, en baisse de 4 points par rapport à 2025.
Le bac affiche un léger recul
Le baccalauréat n'enregistre qu'un recul de 0,5 point. Cette baisse est difficile à imputer aux seules annonces ministérielles, puisqu'aucune consigne nationale n'a été donnée en ce sens pour 2026.
Sophie Vénétitay y voit plutôt un effet de génération : « On a souvent des légères baisses ou diminutions selon les années sans que cela ait une explication exacte. »
Un changement de philosophie qui inquiète
Au-delà des chiffres, c'est un tournant politique que dénoncent de nombreux acteurs de l'Éducation nationale. Quarante ans après la promesse de Jean-Pierre Chevènement de porter « 80% d'une classe d'âge au niveau du baccalauréat », certaines personnalités politiques remettent en cause ces taux de réussite élevés.
« Le discours ambiant, c'est que ces diplômes sont trop faciles », résume Jérôme Fournier, secrétaire national du SE-Unsa. « On ne se félicite jamais d'avoir réussi à faire progresser autant le niveau de connaissances et de compétences pour l'ensemble de la population. »
Examen ou concours ?
Pour Sophie Vénétitay, une logique de compétition tend à s'imposer : « On raisonne comme si c'était le taux d'échec qui faisait la valeur du bac et du brevet. Or, il ne s'agit pas d'un concours, mais bien d'un examen qui valide le niveau attendu à la fin d'un cycle. »
Edouard Geffray a évoqué « les mécanismes mis en place pour repêcher les candidats [qui] sont à ce point souples qu'ils finissent par faire croire à un candidat qu'il a le niveau alors qu'il ne l'a manifestement pas ».
Des mécanismes pourtant indépendants des correcteurs, rappelle Vincent. « En affirmant vouloir que l'on soit "exigeant", le ministre a laissé entendre qu'on ne l'était pas avant. Mais il oublie que, le plus souvent, les professeurs font ce qu'on leur dit de faire. Ils obéissent aux consignes. »
La question des moyens mise de côté
Béatrice Finet, professeure des universités en sciences de l'éducation à l'Inspé d'Amiens, soulève un angle mort du discours ministériel. En se focalisant sur le taux de réussite, le ministre passe sous silence la question des moyens donnés pour y parvenir.
« La question des classes en sureffectif, de la formation ou encore celle de la rémunération des enseignants sont autant de pistes de réflexion à avoir. Le taux de réussite d'un diplôme ne se résume pas seulement à la correction, mais bien à l'ensemble du parcours scolaire. »
L'orthographe, une question plus complexe qu'il n'y paraît
L'accent mis sur l'orthographe fait tiquer certains enseignants. « L'enjeu de l'orthographe est plus complexe que ce que l'on dit au grand public », observe Jérôme Fournier.
« D'autant que l'on n'ignore plus les inégalités scolaires sur cette question. Plus c'est compliqué, plus c'est au détriment des élèves en difficulté. Et la langue française est parmi les plus compliquées. »
Des consignes de correction floues
Ce discours ne s'est jamais traduit en consignes précises de correction. Faut-il enlever 0,5 point par faute ? Ou prendre en compte l'ensemble de la copie ?
« Comme si les enseignants avaient attendu ces annonces pour prendre en compte l'orthographe dans les copies ! », s'agace Sophie Vénétitay.
Vincent s'est longuement interrogé sur la manière de prendre en compte l'orthographe et la syntaxe dans ses copies de maths : « Difficile d'enlever plus d'un ou deux points même pour une copie truffée de fautes, car je vais avant tout prendre en compte la logique et les calculs. »
Une réflexion nécessaire sur l'enseignement du français
Mettre l'accent sur l'orthographe, la syntaxe et la grammaire via la correction empêche de réfléchir à l'enseignement du français sur l'ensemble de la scolarité, insiste Béatrice Finet.
« La maîtrise de la langue ne se limite pas à l'orthographe et est corrélée à la lecture et l'écriture. Cela implique un temps long et une réflexion sur les politiques éducatives dès la maternelle. »
Des diplômes aux taux de réussite variables
Malgré les discours politiques et médiatiques, le baccalauréat et le brevet restent une épreuve incertaine pour bien des élèves. Au collège, le taux de réussite peut varier de près de 20 points en fonction de l'établissement.
« Dans mon ancien collège, on avait moins de 80% de réussite, soit 3 points de moins qu'au niveau national », témoigne Vincent. « Et il me faut préciser que c'était un collège REP. »
Des écarts selon les filières du bac
Le bac général affiche des taux de réussite supérieurs à 95%, mais concerne moins de la moitié des jeunes. Selon les chiffres de la Depp, 42% d'une génération obtient un bac général.
16% des élèves d'une classe d'âge obtiennent un bac technologique et 21% un bac professionnel, dont les taux de réussite sont plus faibles : 90% et 84% respectivement.
Des inégalités sociales persistantes
Dans un système scolaire qui ne parvient pas à résorber les inégalités, l'échec est marqué socialement. L'Observatoire des inégalités constate que 95% des enfants d'enseignants qui candidatent au bac général obtiennent leur diplôme.
Ce taux descend à 85,5% pour les enfants d'ouvriers et à 80% pour ceux dont les parents n'ont pas d'activité professionnelle.
« Le discours du type "on donne le bac à tout le monde" est extrêmement violent pour les élèves qui échouent », indique Sophie Vénétitay, qui se souvient d'élèves qu'elle a ramassés « à la petite cuillère » à la suite de cet échec.
Peu de solutions pour les élèves en échec
Rien n'est proposé aux élèves en échec sur le diplôme, si ce n'est le redoublement, souligne Jérôme Fournier. « Pour les lycéens sans bac, l'accès à l'enseignement supérieur public leur est interdit, ils se tournent donc vers le privé. »
« Pour les collégiens, ils peuvent tout de même aller au lycée, principalement en voie professionnelle, mais cela reste une tâche sur leur parcours. » Une tache qui ne s'efface jamais complètement.
Pour mieux comprendre le fonctionnement actuel du baccalauréat et ses modalités d'évaluation, consultez notre dossier complet sur les épreuves et coefficients du bac.