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28 août 2026·Société & Débats

Vivre avec un handicap au lycée : le témoignage de Fabien

Par Estelle Schneider · Actualité éducative

Fabien avait 14 ans quand une chute à ski lui a fait perdre la vue d'un œil. Entre le collège et le lycée, il a dû apprendre à vivre avec ce handicap invisible, affronter le regard des autres et réapprendre les gestes du quotidien. Aujourd'hui, il témoigne de cette période difficile où parler de sa différence était devenu tabou.

Un accident qui change tout

Dans un témoignage accordé à Midi Libre, Fabien explique qu'il menait une vie d'adolescent ordinaire lorsqu'une chute à ski a provoqué un décollement de rétine à son œil gauche. La rétine capte la lumière et transmet les images au cerveau. Quand elle se décolle, elle cesse de fonctionner.

Dans son cas, elle s'est enroulée autour du nerf optique, rendant impossible tout recollement. À cet âge, difficile de mesurer l'ampleur de ce qui se joue. La perte de vision n'a pas été brutale.

Son année de troisième s'est organisée autour d'allers-retours entre Montpellier et Paris pour consulter un chirurgien spécialisé. Malgré une opération, Fabien n'a pas retrouvé la vue. L'œil a été vidé et remplacé par du silicone pour éviter toute dégradation.

Le handicap invisible au quotidien

La perte de la vision en relief

Le changement le plus marquant reste la disparition de la vision en relief. Avec un seul œil fonctionnel, le cerveau ne perçoit plus les distances comme avant. Fabien se prend les pieds dans les escaliers dès qu'ils sont irréguliers.

Quand quelqu'un lui tend un objet, il rate presque toujours la prise du premier coup et attrape la main de la personne. Ces gestes du quotidien deviennent des défis permanents.

Le sport devenu une épreuve

Au collège, le football était un calvaire pour Fabien. Impossible d'évaluer correctement la trajectoire du ballon. Il a dû renoncer au ski, car sur la neige blanche, sans relief, il ne distingue plus les bosses du terrain.

Le poids du regard au lycée

À l'adolescence, le choc est aussi esthétique. L'œil de Fabien était devenu blanc. Il en avait honte et vivait une période particulièrement difficile. Il fallait pourtant continuer d'aller en cours, voir ses amis, grandir avec cette différence.

Au lycée, parler de son handicap était devenu tabou. Fabien repoussait même le passage du permis par peur. Il en sourit aujourd'hui : il conduit tous les jours depuis huit ans sans problème. La plus grosse barrière était dans sa tête.

Le rôle de l'entourage dans l'acceptation

Les amis de Fabien ont joué un rôle essentiel dans son parcours. Ils ont fait preuve d'une bienveillance remarquable, sans jamais porter de jugement sur sa situation.

Un ami proche a provoqué un déclic en lui faisant comprendre qu'il en faisait tout un monde, que son œil ne le définissait pas. Cette prise de conscience a tout changé dans son rapport au handicap.

La reconstruction grâce à une prothèse

La rencontre avec le personnel du Laboratoire Villanova à Montpellier a marqué un tournant. Ces professionnels fabriquent des prothèses oculaires sur mesure, peintes à la main.

Grâce à eux, Fabien a pu se regarder dans le miroir sans honte. Il a retrouvé la possibilité de rencontrer des gens sans que son œil soit le premier sujet de conversation. Ces spécialistes lui ont redonné confiance en lui.

Une vie normale après le handicap

À 29 ans, Fabien est ingénieur à Paris et mène une vie qu'il qualifie de totalement normale. Il reste attentif aux enfants qui traversent la même épreuve, sachant ce qu'ils vivent.

Il ne parle plus de handicap comme d'un frein. Il s'est habitué. Son œil fait partie de son histoire, sans amertume. Sa façon de voir le monde a changé, au sens propre comme au figuré.

Le témoignage de Fabien rappelle que le handicap au lycée n'est pas qu'une question d'adaptation matérielle. C'est aussi un parcours psychologique où l'entourage joue un rôle déterminant.

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