moodschool.fr
BlogSociété & Débats
8 septembre 2026·Société & Débats

Un quart des élèves concernés par l'illettrisme

Par Estelle Schneider · Actualité éducative

Dans son essai "Une langue à soi" publié aux éditions Stock, Mathieu Roger-Lacan, professeur de lettres à Creil dans l'Oise, tire la sonnette d'alarme sur la précarité linguistique qui touche une part significative de ses élèves. Il estime qu'un quart d'entre eux est concerné par des difficultés majeures à maîtriser la langue française, un handicap qui compromet leur liberté de pensée et menace notre démocratie.

Un constat alarmant dans l'Oise

Mathieu Roger-Lacan enseigne les lettres au collège de Creil. Après avoir exercé à l'université, il observe chaque jour les graves difficultés de ses élèves face à la langue française. Selon lui, un quart des jeunes qu'il accompagne est confronté à ce qu'il nomme la "précarité linguistique".

Cette estimation se fonde sur son expérience quotidienne en classe. Les difficultés qu'il relève ne se limitent pas à l'orthographe ou la grammaire. Elles touchent la capacité même à s'exprimer, à formuler sa pensée, à comprendre un texte.

L'arrière-petit-fils du psychanalyste Jacques Lacan considère l'illettrisme comme une violence invisible. Elle entrave la liberté d'expression des élèves et limite leur accès à l'autonomie intellectuelle.

Une menace pour la démocratie

Pour le professeur, ces difficultés linguistiques dépassent le cadre scolaire. Elles mettent en danger la condition même de la démocratie. Un citoyen qui ne maîtrise pas sa langue peine à comprendre les enjeux de société, à s'informer, à débattre.

Cette fragilité devient plus inquiétante encore face à l'intelligence artificielle. Les outils numériques imposent chaque jour leur propre langage standardisé, véhiculant une vision uniformisée du monde.

La maîtrise de la langue constitue un enjeu démocratique majeur. Elle conditionne l'exercice de la citoyenneté et la capacité à penser librement.

Un appel à la prise de conscience

Dans "Une langue à soi", Mathieu Roger-Lacan appelle à une prise de conscience politique du sujet. Il propose notamment de dissocier l'enseignement du français au collège.

D'un côté, des cours strictement linguistiques centrés sur la syntaxe et la grammaire. De l'autre, des cours consacrés à la littérature et à la compréhension de textes ou d'œuvres de création.

Cette séparation permettrait selon lui de mieux répondre aux besoins des élèves en difficulté, sans négliger la dimension culturelle de l'enseignement du français.

Un enjeu d'égalité

Les difficultés linguistiques renforcent les inégalités éducatives. Les élèves qui ne maîtrisent pas correctement la langue accumulent du retard dans toutes les matières.

La compréhension des consignes, la rédaction de réponses structurées, l'accès aux textes de cours deviennent des obstacles quotidiens. Ces freins compromettent leur réussite au brevet comme au baccalauréat.

L'enjeu dépasse la seule note en français. Il concerne l'ensemble du parcours scolaire et l'orientation future des jeunes concernés.

FAQ

Dans la même catégorie
18 sept.
Collège 2026 : les accessoires tendances de la rentrée
18 sept.
Menace contre une principale de collège en Côte-d'Or : interpellation du parent
17 sept.
L'UNESCO lance de nouveaux outils d'orientation scolaire