Agression d'une enseignante à Évry : les limites de l'école inclusive
Le 11 septembre 2026, une enseignante d'Évry-Courcouronnes a été agressée par un élève de 8 ans atteint d'un handicap sévère. L'enfant, en attente d'une place en institut spécialisé, lui a porté plusieurs coups dans la cour de récréation. Cette affaire met en lumière les failles d'un système scolaire inclusif confronté à un manque criant de moyens.
I. Une agression qui révèle un dysfonctionnement
1. Les faits survenus à Évry-Courcouronnes
Le 11 septembre 2026, une enseignante a été victime d'une agression violente dans son établissement d'Évry-Courcouronnes. Son agresseur : un élève de 8 ans atteint d'un handicap sévère et de troubles psychologiques. « Je vais te tuer », a-t-il lancé avant de lui asséner plusieurs coups dans la cour de récréation, lui causant sept jours d'interruption temporaire de travail.
L'enfant présentait des troubles psychologiques extrêmement sérieux qui justifieraient son passage à l'acte. Il n'était pas en pleine conscience, selon le ministre de l'Éducation Édouard Geffray. Pourtant, la violence de la scène a marqué la communauté éducative.
2. Une notification MDPH non respectée
L'élève disposait d'une notification pour intégrer un ITEP, un institut thérapeutique, éducatif et pédagogique. Cette décision de la maison départementale des personnes handicapées n'avait jamais pu être appliquée, faute de place disponible. Le ministre a demandé qu'une solution soit trouvée « dans les heures ou jours qui viennent ».
Aurélie Gagner, porte-parole du FSU-SNUipp, principal syndicat d'enseignants du primaire, souligne que ce cas n'est pas isolé. De nombreuses notifications MDPH ne sont pas respectées, qu'il s'agisse de places en établissement spécialisé ou d'accompagnements par des AESH.
II. Un manque de moyens structurel
1. Des places insuffisantes dans les structures spécialisées
Les établissements spécialisés manquent cruellement de places pour accueillir les élèves en situation de handicap sévère. « On manque vraiment de moyens pour accueillir au mieux tous ces enfants-là », affirme Aurélie Gagner. Les enseignants en classe ordinaire ne sont pas formés pour gérer cette hétérogénéité.
Des milliers d'enfants handicapés se retrouvent sans solution à chaque rentrée, contraints d'intégrer des classes ordinaires sans l'encadrement adapté. Cette situation crée des tensions et expose les personnels à des risques qu'ils ne peuvent maîtriser.
2. Le parcours difficile pour obtenir une notification
Obtenir une notification MDPH relève du parcours du combattant pour de nombreuses familles. « C'était la croix et la bannière », témoigne Karim, père d'un adolescent de 13 ans accompagné par une AESH. Les démarches impliquent du paramédical et coûtent très cher.
Une fois la notification obtenue, reste à trouver une place effective. Le délai d'attente peut s'étendre sur des mois, voire des années, laissant les élèves et leurs familles dans l'incertitude.
Le nombre d'enfants handicapés scolarisés en milieu ordinaire est passé de 320 000 en 2017 à plus de 550 000 en 2026.
III. Des AESH en situation de précarité
1. Une profession marquée par la précarité
Les accompagnants des élèves en situation de handicap sont 135 000 en 2024. Leur nombre a progressé sous la présidence Macron, mais la profession reste marquée par une forte précarité. Les contrats proposés sont souvent des mi-temps ou des 80 %, selon Marine, AESH interrogée sur RTL.
« Nous prenons des coups, des insultes. C'est très lourd, tout ça pour 900 euros seulement », complète Delphine. Séverine, après 14 ans de métier, gagne 1 026 euros net pour 24 heures par semaine. Les AESH réclament une titularisation et une reconnaissance de leur statut.
2. Une revalorisation attendue
Un récent rapport sénatorial remet en question le modèle actuel des AESH. « On se bat pour qu'on puisse obtenir une titularisation parce qu'on est quand même le deuxième métier après les professeurs et on n'est pas considéré comme fonctionnaire », explique Séverine.
Cette précarité nuit à la qualité de l'accompagnement et à la stabilité des équipes. Elle décourage les vocations et complique le recrutement dans une profession pourtant essentielle à l'accompagnement des élèves en situation de handicap.
L'essentiel
- Une enseignante d'Évry-Courcouronnes a été agressée le 11 septembre 2026 par un élève de 8 ans en situation de handicap sévère, en attente d'une place en ITEP.
- Les notifications MDPH ne sont pas toujours respectées faute de places dans les établissements spécialisés, exposant enseignants et élèves à des situations difficiles.
- Les AESH, au nombre de 135 000, subissent une forte précarité avec des salaires autour de 900 euros pour un mi-temps et réclament une titularisation.
- Le nombre d'enfants handicapés scolarisés en milieu ordinaire est passé de 320 000 en 2017 à plus de 550 000, sans que les moyens suivent cette augmentation.