Menace de mutation de deux professeures : grève au lycée Utrillo de Stains
Le 28 août 2026, deux professeures du lycée Maurice-Utrillo de Stains ont reçu un courrier du rectorat de Créteil les informant d'une mutation envisagée « dans l'intérêt du service ». Ces enseignantes signalaient depuis plusieurs années des faits de violences sexistes, grossophobes et racistes visant des élèves par un personnel de l'établissement. Une grève a été votée à l'unanimité dans l'établissement le 3 septembre pour les soutenir.
Des courriers de mutation en recommandé à la veille de la rentrée
Les deux enseignantes, qui effectuent respectivement leur 26e et 22e année au lycée Maurice-Utrillo de Stains, ont reçu des courriers recommandés quasiment identiques. Le texte les informe que le rectorat envisage un changement d'affectation au sein de l'académie de Créteil.
Ces courriers, datés du 28 août, convoquent les professeures pour consulter leur dossier. Ils font suite à une enquête administrative menée en avril 2026 dans l'établissement.
Pour les organisations syndicales de Seine-Saint-Denis, cette démarche constitue une procédure bâillon visant des syndicalistes de la CGT Educ'action 93 engagées dans l'établissement.
Une grève massive pour soutenir les enseignantes
Le jeudi 3 septembre, près de 70 personnels se sont mis en grève au lycée Utrillo. Un rassemblement a réuni environ 200 personnes dans la matinée.
La grève a été votée à l'unanimité par les personnels de l'établissement. Elle a été reconduite les jours suivants.
L'intersyndicale CGT 93, CNT 93, FSU 93 et Sud 93 dénonce une répression syndicale et demande l'annulation des sanctions contre les lanceuses d'alerte.
Des signalements de violences suivis d'une enquête administrative
Les deux professeures alertent depuis une dizaine d'années sur des faits de violences à caractère sexiste, raciste et sexuel commis par un personnel toujours en exercice dans l'établissement.
En novembre 2025, elles ont procédé à des signalements au procureur de la République. Une enquête pénale a été ouverte à la suite de ces signalements.
En avril 2026, le rectorat a diligenté une enquête administrative au lycée. Le motif indiqué était : « Suite à tensions interpersonnelles, voire judiciarisation des tensions au sein des équipes ».
Les enseignantes expliquent avoir suivi le protocole de signalement de violences sexistes et sexuelles prévu par l'Éducation nationale. Elles ont fait un signalement selon l'article 40 du Code de procédure pénale, après demande de leur hiérarchie.
Une plainte croisée pour harcèlement et diffamation
En décembre, une plainte pour harcèlement a été déposée contre les deux enseignantes par la personne qu'elles présentent comme le potentiel agresseur.
Elles ont déposé à leur tour une plainte pour diffamation.
Des conséquences sur les élèves et le climat scolaire
Les deux professeures s'inquiètent des effets de cette situation sur les élèves. Elles redoutent que des élèves victimes ne parlent plus, par peur de les mettre en difficulté.
Le lycée a traversé une année difficile : outre l'enquête administrative, l'établissement a perdu deux élèves de mort violente et a dû accompagner les élèves dans ces événements.
Les enseignantes regrettent d'être déstabilisées et de déstabiliser leurs élèves par cette situation, alors qu'il est déjà difficile de suivre une année normale au lycée Utrillo.
Une contradiction entre annonces ministérielles et réalité de terrain
Claire Fortassin, co-secrétaire Snes-FSU 93, qualifie la situation de « honte ». Elle dénonce à la fois la répression syndicale et la tendance à étouffer ce qui concerne les violences sexistes et sexuelles et les violences sur les enfants.
Louise Paternoster, co-secrétaire de la CGT Educ'action 93, pointe le paradoxe entre les annonces du ministère sur la lutte contre les violences sexistes et sexuelles et la réalité du terrain.
L'intersyndicale dénonce une victimisation secondaire et demande la protection des enfants avant toute autre considération.
La position du rectorat de Créteil
Contacté, le rectorat de Créteil indique suivre de près la situation au lycée Utrillo de Stains. Il ne souhaite pas commenter les mesures relevant de la situation administrative individuelle des personnels.
Les deux enseignantes résument leur demande simplement : elles veulent que leurs cours se passent bien.