Le collège royal et militaire de Thiron-Gardais, sauvé par Stéphane Bern
Neuf siècles d'histoire dans un village du Perche
À Thiron-Gardais, en Eure-et-Loir, l'ancien collège royal et militaire est accolé à l'église abbatiale de la Sainte-Trinité. L'ensemble est protégé au titre des monuments historiques.
Racheté en 2013 par Stéphane Bern alors qu'il menaçait ruine, le site est aujourd'hui ouvert au public. Voici son histoire, celle de sa restauration, et ce qu'on peut réellement y voir.
L'histoire du site, de 1114 à la Révolution
Le rachat par Stéphane Bern en 2013
Une restauration à 4 millions d'euros
Ce que l'on peut visiter aujourd'hui
Les métiers du patrimoine
L'histoire du site, de 1114 à la Révolution
L'abbaye de Tiron, fondée en 1114
Tout commence avec l'abbaye de la Sainte-Trinité de Tiron, fondée en 1114 par Bernard de Ponthieu, ermite bénédictin. Son neuvième centenaire a été célébré le 8 juin 2014.
Abbaye royale dès 1122, elle essaime en France et en Angleterre avant de décliner à la fin du Moyen Âge. En 1629, des religieux de la congrégation réformée de Saint-Maur s'y installent et entreprennent de vastes transformations des bâtiments conventuels.
Le collège, fondé en 1630 par un fils d'Henri IV
Le collège est fondé en 1630 par Henri de Bourbon-Verneuil, abbé commendataire de Tiron et fils naturel d'Henri IV et d'Henriette d'Entragues. Il en confie la tenue aux bénédictins mauristes.
Les salles de classe datent donc du XVIIᵉ siècle, et non du XVIIIᵉ comme on le lit parfois. Les élèves affluent du Perche, de la Beauce, des provinces voisines et de Paris.
1776 : l'une des douze écoles royales militaires
En 1776, sur décision de Louis XVI et à l'initiative du comte de Saint-Germain, secrétaire d'État à la Guerre, le collège devient l'une des douze écoles royales militaires du royaume, en remplacement de celle de Paris.
Détail resté célèbre : le 31 décembre 1778, le jeune Napoléon Bonaparte est agréé à la nomination du collège de Tiron. Il n'y viendra jamais, et entrera finalement à Brienne, où se trouvait son frère Joseph.
De la vente comme bien national à l'abandon
En 1793, les bâtiments sont vendus comme biens nationaux. Ils changent de mains au fil des siècles, avant d'être acquis en 2005 par le conseil départemental d'Eure-et-Loir.
Lorsque l'État propose le site à Stéphane Bern, fin 2012, les bâtiments sont à l'abandon depuis huit ans et menacent de se dégrader davantage.
Le rachat par Stéphane Bern en 2013
Une proposition, pas une recherche
Contrairement à ce qui se dit souvent, l'animateur ne cherchait pas une résidence à restaurer. C'est l'État qui lui a proposé le rachat, et Albéric de Montgolfier, alors président du département d'Eure-et-Loir, qui l'a convaincu de s'engager.
L'achat est réalisé en février 2013, pour 300 000 euros. Stéphane Bern a lui-même comparé ce montant au prix d'un petit appartement parisien.
Des surprises coûteuses
Les premières estimations évoquaient 150 000 à 200 000 euros de travaux. La réalité a été tout autre, notamment à cause de la mérule, un champignon qui attaque le bois des charpentes et dont la présence n'avait pas été anticipée.
Le chantier final aura mobilisé une cinquantaine de compagnons pendant environ deux ans pour les bâtiments principaux, d'architecture de style Louis XVI.
Une restauration à 4 millions d'euros
Un financement privé, par choix
Le coût total atteint 4 millions d'euros. Interrogé par Le Parisien, Stéphane Bern a expliqué s'être endetté au-delà de ses capacités, avec un emprunt à rembourser sur vingt-cinq ans, et avoir refusé toutes les aides publiques.
Il décrivait alors le chantier comme « un peu le tonneau des Danaïdes », ses droits d'auteur et les revenus de ses émissions y passant.
Pour faire face, il a vendu sa maison de Paros, en Grèce. Sur le plateau du Buzz TV du Figaro, en septembre 2024, il rapportait le mot de sa banquière lui souhaitant de vivre longtemps.
Les jardins redessinés par Louis Benech
Le jardin, d'environ un hectare, a été redessiné par le paysagiste Louis Benech, qui a restitué les perspectives d'autrefois. Le verger du site est réputé depuis le XVIIᵉ siècle.
L'ensemble comprend aussi une serre, une orangerie et un vivier à poissons dont se servaient les pères bénédictins.
Ce que l'on peut visiter aujourd'hui
Le musée, ouvert en 2016
Le musée occupe les anciennes salles de classe restaurées. Conçu par Stéphane Bern lui-même, il retrace l'histoire du site, des premiers moines de l'ordre de Tiron jusqu'aux travaux de restauration récents.
Il est également consacré à l'histoire des collèges royaux et militaires créés en 1776, et conserve notamment un portrait de Louis XVI. En 2022, le site est devenu membre fondateur de l'Association des anciennes écoles royales et militaires de France, présidée par Stéphane Bern.
Jardins, salon de thé et boutique
Outre le musée, la visite comprend le jardin historique et un salon de thé installé devant l'orangerie ou à l'ombre du verger. Une boutique en ligne complète l'offre.
Le site propose par ailleurs de la location pour des événements, et accueille des concerts. Le violoncelliste Gautier Capuçon et le chanteur Laurent Voulzy y ont joué.
Attention aux horaires
C'est le point le plus utile à vérifier avant de se déplacer : l'ouverture aux visiteurs individuels est saisonnière. Pour 2026, elle était annoncée du 1er juillet au 31 août.
Les visites guidées de groupes sont possibles toute l'année sur réservation, à partir de vingt personnes. Une Fête des Jardins est organisée au printemps. L'adresse est le 12, rue de l'Abbaye, à Thiron-Gardais.
Où vit Stéphane Bern
Fin 2024, l'animateur s'est installé au Lavandou, dans le Var, après avoir quitté Paris. Il reste propriétaire du collège, dont il a fait connaître l'histoire dans un documentaire diffusé sur France 3.
Les métiers du patrimoine
Un chantier, de nombreux savoir-faire
Une restauration de cette ampleur mobilise des corps de métier variés : charpente, couverture, taille de pierre, menuiserie, ferronnerie. S'y ajoutent des compétences de conception et de coordination.
- Architecte du patrimoine, pour concevoir et piloter la restauration
- Paysagiste, pour la restitution des jardins historiques
- Compagnons et artisans d'art, pour l'exécution
- Historien de l'art et conservateur, pour la documentation et la muséographie
Ces métiers s'atteignent par des voies diverses : bac professionnel et brevet des métiers d'art, BTS, écoles d'architecture, licences d'histoire de l'art. Les élèves intéressés trouveront des pistes dans nos ressources d'orientation.
Un modèle qui a ses limites
L'exemple de Thiron-Gardais est souvent présenté comme la preuve qu'un particulier peut sauver un monument sans argent public. Il montre surtout à quel prix.
Un achat de 300 000 euros a donné lieu à une dépense treize fois supérieure, financée par des revenus professionnels hors normes et un endettement sur vingt-cinq ans. Peu de propriétaires privés disposent d'une telle capacité.
C'est précisément la question que pose le débat public sur le patrimoine en péril : entre mécénat, subventions et loto du patrimoine, quelle part revient à l'initiative privée et quelle part à la puissance publique ? Le cas de Thiron-Gardais nourrit la discussion sans la trancher.
Le patrimoine et l'histoire vous intéressent ? Découvrez nos ressources par niveau sur les pages classes de collège et lycée.